grillon-vs-poulet

Sous l’impulsion de la FAO ( Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) qui ne cesse de mettre en avant tous les bienfaits de l’entomophagie pour lutter contre la malnutrition et la faim dans le monde, le continent européen commence à s’y intéresser. Profondément ancrés dans leurs habitudes alimentaires, les européens avaient depuis plusieurs siècles oublié l’existence des insectes comestibles comme source de protéines, naturelle et écologique. En comparaison, le poulet est un animal d’élevage, particulièrement apprécié en France : la France se trouve être le 4ème producteur de poulet en Europe (Association pour la Promotion de la Volaille Française) et en 2013, les français en ont consommé 1,73 million de tonnes. Si nous devions les mettre en face à face pour une comparaison qui remporterait la bataille ? On vous invite à le découvrir !

Grillon versus poulet : l’esthétique

 

On a beau dire… lorsqu’on voit certaines de vos réactions à la vue d’un insecte on se dit que décidément voir un morceau découpé de volaille sous film semble plus “agréable” que la vue d’un insecte. Alors nous avons inventé la farine d’insectes et avons trouvé un compromis ! Ce qui est certain c’est que la farine d’insectes et les produits à base de farines d’insectes aident à passer le cap mais ça n’est pas pour demain qu’en Europe tout le monde croquera aussi goulûment dans un grillon que dans un poulet.

Farine d'insectes | Kinjao.com

Farine de grillons | Kinjao.com

Pour ce round, à notre grand regret manger des insectes fait son petit bonhomme de chemin mais pas suffisamment pour contrer le poulet. Le poulet gagne. 

Grillon versus poulet : l’élevage

 

Dans tout élevage, il y a des normes à respecter. En ce qui concerne l’élevage du poulet, il faut tout d’abord considérer la densité de l’élevage, soit jusqu’à 22 poulets au m2 (pour un élevage standard), sur un élevage pouvant aller jusqu’à 2000 m2, et qui seront abattus entre 35 et 40 jours « CIWF France ». Le coût de production était en 2014 de 0,99 euros/kg « d’après France AgriMer », avec une mortalité de l’élevage d’environ 4% « Proaniwal ».
En ce qui concerne les grillons, une boîte en plastique de 53 litres pourra contenir environ 500 grillons (adulte, un grillon mesure 10 cm en moyenne). Imaginez combien de grillons vous pourriez élever sur 2000 m2 ? De plus, le coût d’entretien d’un grillon est très peu important comparé à ce que coûte un poulet en nourriture, eau, chauffage, antibiotiques….

Elevage de grillons | Crédit photo : Insectescomestibles.fr

Elevage de grillons | Crédit photo : Insectescomestibles.fr

Les besoins d’un grillon en eau sont également beaucoup moins importants. Le grillon est un animal à sang froid (contrairement au poulet) il n’y a donc pas de déperdition énergétique : toute la nourriture consommée est utilisée pour sa croissance. 10kg de nourriture permet ainsi de produire 5 kg de volaille, contre 9kg d’insectes (FAO). Il faut tout de même considérer les coûts de recherche autour de l’élevage des insectes, tests en laboratoire et recherche et développement…  Néanmoins, les chiffres parlent d’eux-même, d’autant plus si l’on considère l’apport financier que demande un élevage de grillons, contre celui, beaucoup plus important qu’impose un élevage de volailles.

Par conséquent le gagnant de ce round est incontestablement le grillon pour son intérêt économique et sa facilité d’élevage.

Grillon versus poulet : le point de vue écologique

 

On entend énormément parler des gaz à effet de serre. Mais que sont-ils exactement ?
Les gaz à effet de serre sont des gaz, qu’ils soient naturels, ou d’origine humaine, qui sont présents au sein de l’atmosphère. Ils absorbent les rayonnements à infrarouges qui sont émis à la surface de notre planète, et vont les émettre à leur tour dans l’atmosphère. C’est l’augmentation de leur concentration qui est à l’origine du réchauffement climatique.
Or, l’élevage de bétail est à l’origine de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre, et de 80% de la déforestation en Amazonie par-exemple (d’après Viande info). D’ailleurs, le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) estime que réduire de manière significative notre consommation de viande serait aussi efficace que de diviser de moitié le parc automobile mondial ! Des chercheurs aux Pays-Bas ont démontré que les élevages d’insectes produisaient nettement moins de gaz à effet de serre que les élevages traditionnels. Ainsi, un kilo de grillons émet seulement 0,09g de CO2 quotidiennement, contre 7,08g pour un 1 kg de bœuf, ou 27,96g par kg de viande de porc. Il n’est donc pas difficile de comprendre que l’impact environnemental d’un élevage d’insectes est nettement moins important que celui de l’élevage traditionnel.
De plus, les besoins en eau, ainsi qu’en espace des insectes sont également beaucoup moins importants que ceux du bétail. Ainsi, élever des grillons et en consommer, se révèle être un plus pour notre planète.

Conversion des aliments | Source : www.insectescomestibles.fr

Conversion des aliments | Source : insectescomestibles.fr

Par conséquent, le gagnant du second round est également le grillon pour son intérêt écologique.

Grillon versus poulet : le point de vue nutritionnel

 

Combien de scandales liés à la viande ont éclaté ces dernières années ? Que ce soit en rapport avec différentes maladies, comme la maladie de Creutzfeldt Jacob (ou maladie de la vache folle), la grippe aviaire ou porcine…, il en ressort très nettement que l’essor de la consommation de viande a engendré des pratiques animales qui se doivent d’être davantage encadrés et contrôlés.

A contrario, pour le Dr Dicke, entomologiste hollandais, les insectes sont une source de protéines naturelles, beaucoup plus sûre que la viande. En effet, d’après lui, l’Homme et les animaux d’élevage traditionnel sont proches dans l’échelle de l’évolution des espèces et donc les animaux d’élevage traditionnels sont beaucoup plus susceptibles de nous transmettre des maladies que les insectes.

En outre, les insectes sont un véritable concentré énergétique : en effet, ils possèdent de très nombreux nutriments, un taux très important de protéines, ainsi que des vitamines, des minéraux, des acides gras essentiels…Pour être en bonne santé, le corps humain a besoin d’un apport quotidien en protéines, puisqu’il ne peut pas les fabriquer seul : les insectes regorgent de protéines. Ainsi, 100g de grillons couvrent la moitié des besoins en protéines d’un adulte de 70kg, et en contiennent 3 fois plus que le bœuf à poids égal. Les grillons, comme de nombreux insectes, possèdent de très nombreuses vitamines, comme les vitamines B1,B2 ou B3, nécessaire au bon fonctionnement musculaire et nerveux, indispensable dans la transformation des aliments en énergie, ou dans la formation des globules rouges par-exemple. Ils sont également remplis de minéraux, comme le calcium, le fer, le zinc ou le phosphore, pour ne citer qu’eux.
De plus, la teneur en fibres des insectes est beaucoup plus élevée que celle contenue dans la viande, et leur taux en lipides est très faible ( moins de 5%), ce qui en fait une source de nourriture naturelle particulièrement saine, lorsque l’on prête attention à sa ligne, ou à sa santé. En outre, les insectes sont également pleins de bons acides gras (que l’organisme est incapable de fabriquer), ce qui est une qualité nutritive très appréciable.

Barre protéinée à base de farine de grillons Kinjao - 20g de protéines par barre

Barre protéinée à base de farine de grillons Kinjao – 20g de protéines par barre

Le poulet, quant à lui, est considéré comme une source de protéines maigres, et est souvent recommandé lors de régimes alimentaires dans le but de perdre du poids (à condition de le consommer sans la peau), tout en fournissant une douzaine de vitamines et minéraux. Ainsi, sa viande contient du fer, du zinc, du phosphore, du sélénium, des vitamines B3, B6, B1 et B12, du magnésium, du cuivre, du potassium…. Il apporte environ 30g de protéines pour 100g de viande blanche « Passeport santé ».
Jusque là, les qualités de la viande de poulet et de grillon sembleraient presque être sur un pied d’égalité. Mais,c ‘est sans compter les conditions d’élevage du poulet standard. En effet, entassés les uns sur les autres dans des surfaces très petites, les conditions de vie du poulet sont loin d’être garantes d’une viande saine et de bonne qualité. De plus, l’utilisation abusive d’antibiotiques n’est pas sans conséquence sur la santé humaine. A l’inverse, les grillons recherchent la promiscuité qui leur est naturelle et la surpopulation ne nécessite donc pas d’antibiotiques. De ce point de vue, entre un grillon et une volaille standard, le grillon semble bien meilleur pour la santé que la volaille.

Le gagnant du troisième round est par conséquent le grillon, pour son apport de protéines et autres vitamines et minéraux, source d’une alimentation plus naturelle et plus saine.

Grillon versus poulet : le point de vue financier et l’accessibilité des produits

 

Pour ce round cela se complique. Actuellement, nous sommes une minorité à porter le projet des insectes comestibles en Europe. Les coûts de production et de recherche sont immenses et le prix grand public d’un certain nombre de nos produits reste à notre grand regret élevé. L’arrivée des insectes comestibles n’est pas toujours bien vu et viendrait concurrencer d’autres marchés de protéines dont celui de la viande. Bien que la grande distribution, de formidables épiceries fines, magasins sportifs, sites online choisissent de mettre en rayons des produits aux insectes, les insectes comestibles restent encore peu présents comparés au poulet dans nos magasins de proximité.

Le gagnant de ce dernier round est par conséquent le poulet mais l’on espère que sous l’impulsion des consom’acteurs et d’une augmentation des ventes, les produits aux insectes comestibles seront autant démocratisés dans plusieurs années que le poulet. 

Grillons versus poulet : le bilan

 

Le grillon a remporté cette confrontation face à la volaille. Il est bien meilleur d’un point de vue nutritionnel qu’une volaille standard non labellisé. Il possède également un impact environnemental beaucoup moins important que l’élevage de volaille traditionnel, et est nettement moins coûteux à produire que le poulet.
Le seul point négatif pour le grillon serait à l’heure actuelle la réticence que nous inspire encore la vue d’insectes. Seulement, ce point devrait progressivement s’améliorer dans les années à venir, lorsque nous serons face à certaines réalités, qu’elles soient économiques, environnementales ou nutritionnelles. En effet, il nous faudra très certainement repenser entièrement notre manière de nous alimenter, et trouver d’autres sources de protéines que celles que nous consommons actuellement.

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